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La chaîne à l'oeil:
Une PME de Laval s’est rapidement imposée comme un spécialiste innovateur en inspection automatisée adaptée à l’industrie manufacturière
Plan


02/2004
- "C’est le marché qui nous tire vers l’avant et qui nous oblige à être constamment innovateurs", dit l’ingénieur François Simard, cofondateur et directeur de l’ingénierie de Orus Intégration, une PME de Laval spécialisée dans le développement et la commercialisation de systèmes d’inspection automatisés adaptés à l’industrie manufacturière. "Comme il s’agit d’un marché très jeune, les manufacturiers ont des besoins qui nécessitent des technologies qui ne sont pas toujours au point ou qui n'existent tout simplement pas encore. On les développe pour un client en particulier, en sachant qu’il y a un besoin plus large à combler."

Fondée en août 2000, Orus Intégration engrange les innovations, les contrats et les prix de reconnaissance. Coup sur coup, la jeune entreprise a remporté le prix Jeune promoteur 2000-2001 du CLD de Laval, le prix Propage Créativité-Marketing 2001 du concours québecois en Entrepreneurship et le premier prix à l’édition 2001 du Concours de la Fondation québécoise de l’entrepreneurship dans la catégorie innovation technologique. "Mais pour réussir, Orus Intégration avait besoin de se démarquer aussi sur le terrain", reconnait François Simard.

Détenteur d’un baccalauréat en génie mécanique, avec concentration en robotique, obtenu à l’École Polytechnique en 1996, François Simard a rencontré son futur partenaire d’affaires, Louis Dicaire, chez son premier et avant-dernier employeur, Maxi-Drill, une PME spécialisée dans l’équipement de forage d’exploration minière. Après un passage chez le fabricant d’équipement d’emballage DLTech, il lance sans plus tarder Orus Intégration avec la ferme intention de profiter de cette nouvelle vague d’inspection automatisée dans l’industrie manufacturière qui vise à améliorer et à moderniser le contrôle de qualité.

"En commençant à faire de petites applications de vision artificielle, nous nous sommes aperçus qu’il n’y avait pas de spécialistes en inspection automatisée, raconte François Simard. Il y avait seulement des entreprises d’automatisation généralistes qui faisaient l’acquisition de systèmes existants de senseurs intelligents. Nous avons fait nos classes à partir de ces petites caméras disposant d’un microprocesseur intégré et permettant de faire des tâches mineures d’inspection. Cela avait l’air relativement simple alors que le marché, lui, apparaissait immense. Et c’est vrai qu’il y a énormément d’occasions de faire de l’inspection automatisée. Nous avons ciblé quelques clients potentiels, et comme nous avions suffisamment de ressources pour subsister sans devoir compter sur des revenus immédiats, nous nous sommes lancés dans l’aventure."

Les revenus n’ont pas tardé, bien que l’évaluation initiale du marché ne se soit pas avérée tout à fait exacte. " À vrai dire, les choses ne se sont pas déroulées comme on le prévoyait, dit François Simard. On croyait au départ faire un grand volume de petites applications, mais on s’est assez rapidement rendus compte que les applications étaient beaucoup moins nombreuses que ce que nous avions cru, en revange elles étaient de plus grande envergure." Par exemple, la conception d’un système de tri de boutons pour vêtements inspectés sur les deux faces par deux caméras qui prennent des photos simultanément alors qu’ils sont propulsés dans les airs, à raison de 20 boutons à la seconde, avec une décision d’acceptation ou de rejet en 50 millièmes de seconde… "C’est une solution qui était du domaine de la science-fiction il y a 15 ans", illustre François Simard.

C’est en lancant la plate-forme FalCOM que Orus Intégration s’est rapidement démarquée sur le terrain. Développé à partir des bibliothèques de données de Matrox, un pionnier en traitement d’image, cette plate-forme peut couvrir les opérations de n’importe quel secteur d’activité: agro-alimentaire, emballage cosmétique ou pharmaceutique, plastique, caoutchouc ou optoélectronique. Le serveur de vision de FalCOM peut gérer des images générées dans un large spectre, allant de la thermographie à l’infra-rouge en passant par l’ultra-violet ou le scanner à rayon-X. En collaboration avec Matrox, Orus Intégration a même conçu récemment un système de scanner 3D ultra rapide qui permet de réaliser une inspection à partir de données tridimensionnelles. Un système encore plus rapide en voie d’être breveté permettra l’utilisation d’inspection 3D de pièces se déplaçant à grande vitesse sur un convoyeur. Le serveur de vision de FalCOM peut par ailleurs gérer simultanément des images captées par 12 caméras de différents types, que ce soient des cameras linéraires (captant l'image ligne par ligne), des équipements à très haute résolution ou pouvant prendre jusqu’à 2 000 photos à la seconde. "La console de vision (regroupant l’écran tactile, le serveur de vision et l’électronique de contrôle) qui constitue le produit de base de notre plate-forme, est la même dans 80 % des cas", précise François Simard. "Ce sont les cartes d’acquisition, les têtes de lecture, l’éclairage et les lentilles qui varient d’une application à l’autre, selon le produit à inspecter."

Après que les objets défilant sur un convoyeur ont été numérisés, le logiciel de la plate-forme prend le relais et détecte les produits non conformes. « Nous avons aussi intégré à notre plate-forme un système de suivi de produits sur la bande afin d’assurer le rejet des produits non conformes lors du transfert des produits entre deux convoyeurs, poursuit François Simard. Le rejet se fait au moyen de systèmes de vérins pneumatiques ou de jets d’air. Par exemple, il peut y avoir jusqu’à 256 jets d’air parallèles qui, activés au bon moment lors du transfert des produits entre deux convoyeurs, permettent d’éliminer les produits non conformes. »

Malgré son jeune âge, Orus Intégration en est déjà à la troisième génération de sa plate-forme. « Lancée en janvier 2001, la première version était compatible avec les senseurs intelligents existants sur le marché, dit François Simard. Mais le problème de ces petites caméras, c’est qu’il s’agit littéralement d’une petite boîte noire qui fonctionne comme un automate programmable, c’est-à-dire qu’une fois la programmation intégrée dans la petite boîte, on espère que tout va bien aller. Mais fatalement, les conditions d’inspection ou le produit lui-même finissent par être modifiées, et la programmation du senseur risque d’être inadéquate. Ce n’est pas tellement grave en soi, puisqu’on peut reprogrammer assez aisément le senseur, sauf que l’opérateur ne peut le faire lui-même et surtout, comme le système n’est pas transparent, il ignore pourquoi la petite boîte noire décide subitement de rejeter certains produits. »

La dernière génération de la plate-forme FalCOM permet aujourd’hui à tout opérateur de prendre connaissance à tout moment de l’évolution de la production grâce aux images et aux données statistiques produites en temps réel. « C’est le marché qui a dicté cette évolution, explique François Simard. Les gens veulent voir et comprendre ce qui se passe, et ils veulent interagir avec la machine d’une façon simple et conviviale. Notre interface graphique développée à partir des bibliothèques de données de Matrox est devenue une application d’inspection à part entière. Il n’y a plus de senseurs intelligents, ils ont été remplacés par des systèmes beaucoup plus simples et performants.

En trois ans et demi d’existence, Orus Intégration a développé des applications pour plus d’une trentaine de clients, dont 20 % provenant de l’extérieur du Québec, des États-Unis et de la Belgique notament. La PME lavaloise doit souvent se battre contre des multinationales américaines ou allemandes dans le processus de soumission de contrats. Mais elle réussit à se démarquer plus souvent qu’à son tour.

(Par Jean-Marc Papineau)

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